En ce début d’année, fleurissent dans la presse et la blogosphère un nombre impressionnant d’articles, de nouveaux sites, qui vantent l’accroissement plutôt impression de nombre de conversions d’exploitations viticoles vers la viticulture bio. Il y a là de quoi se réjouir me direz vous. Vive l’impact du Grenelle de l’environnement et celui de la prise de conscience des viticulteurs sur des pratiques culturales respectueuses et durables.
Et bien, quitte à passer pour l’avocat du diable, je ne me réjouis pas trop. Ne soyons pas naïfs, même si certaines de ces soudaines conversions sont le fruit d’un vrai sentiment écologiste…je n’en suis pas si sûre. Les sirènes du marketing frappent de plus en plus fort et bon nombres de gros négoces, de coopératives et de domaines se disent qu’il vaut mieux prendre le train très vite…plutôt que de perdre des parts de marché. C’est, après tout, économiquement raisonnable, mais éthiquement criticable.
Surtout que l’on sait très bien que ce sont les valeurs, le sens porté par le « AB » qui déterminent les consommateurs (vous et moi) à acheter bio.
Il s’agit également de profiter d’une législation qui, hélas, en matière de production agricole bio, sera de plus en plus laxiste. De plus, les laboratoires qui travaillent sur les phytosanitaires ne sont pas tout fous non plus. Il y a de l’argent à faire sur des molécules suffisamment « presque propres » pour être admises dans le cahier des charges de la bio. Alors vers quoi marchons nous ?
Une bio à deux vitesses : une bio industrielle et une bio terroiriste. Une bio où les producteurs devront être capables de proposer aux grossistes des bouteilles à 1.50 €, et celle où les vignerons se décarcasseront encore longtemps pour produire un vin fidèle à leur terroir, et surtout fidèle à l’idée qu’ils se font du vin.
Car la dénomination « vin bio » est « le » mensonge à la source de toutes
ces dérives. Le vin bio n’existe pas. Ce sont les raisins qui le sont. Il n’y a aucun cahier des charges qui régisse le travail en cave. Vous pouvez trouver des bouteilles avec le fameux logo AB dont le vin a été fait le plus technologiquement et industriellement qui soit. Voilà pourquoi Bruxelles a laissé tomber l’année dernière la concrétisation de la mise en place d’un cahier des charges sur une vinification bio. Trop de pression, trop de désaccords entre, je sais, c’est très manichéen, mais c’est comme ça, les petits et les gros. Les petits qui travaillent en prenant le maximum de risques en cave, les gros qui veulent et la sécurité, la standardisation et le pas cher. C’est résumer à grands traits, mais le débat est plus que vaste.
Bientôt, tout le monde produira du bio, grands, moyens et petits. C’est déjà complexe pour le consommateur de comprendre la planète vin. Cela ne va pas s’arranger. Surtout que tout le monde désormais s’intéresse plus au chant des sirènes du marketing qu’à vraiment comprendre le travail du vigneron. L’étiquette contre la connaissance. Le buzz contre le savoir-faire. Car les moyens de la communication responsable et propre, ce sont ceux qui disposent des finances qui la font la mieux, et ce sont donc eux les plus percutants. Le logo de Mac Donald est vert maintenant, alors qu’il était rouge avant…Tout ceci pose question.
C’est aussi pour cela que nous souhaitons développer l’accueil au domaine (oenotourisme en langage marketing) pour partager la connaissance de notre métier. Et c’est aussi pour cela que nous réfléchissons à rejoindre des labels privés, qui seront aussi une reconnaissance de ce que nous faisons en cave. Dire ce que l’on fait ne suffira bientôt plus.
Car voyez vous, notre monde est tel que c’est celui qui tente d’être au plus proche de ses convictions (raisins bio, vins naturels pour grandement résumer), et d’une agriculture, somme toute, très proche de ce qu’elle était avant les années 50, qui doit en apporter la preuve. Et payer pour cela, forcément…
Tout cela m’interpelle, pas vous ?